jeudi 10 janvier 2019

Choix de vie | Je refuse d'avoir une voiture

Dans mon article précédent, je te parlais du fait que je n'avais pas de voiture, ce qui impacte de manière positive mes déplacements au quotidien. J'avais très envie de revenir sur cet aspect de mon mode de vie qui interpelle souvent les gens lorsque j'en parle avec eux. 




Mon historique avec la conduite

Quand j'étais adolescente, j'ai longtemps subi la pression paternelle pour passer le code puis le permis, sans avoir aucun soutien (ce dont j'aurai eu plus besoin en réalité!). Après avoir réussi mon code à 18 ans, j'avais 3 ans pour passer le permis en conduite accompagnée d'un adulte de mon entourage, sans leçon à prendre à l'auto-école. Le temps s'est écoulé et il est arrivé à expiration (le manque de soutien, toussa...). A 21 ans, j'ai donc repassé (et réussi de nouveau) le code et cette fois, j'avais économisé pour prendre des cours de conduite et passer mon permis dans l'année et demi qui a suivi. J'ai finalement obtenu mon permis en 2013, lors de ma dernière année d'étude supérieure. A l'époque, c'était une sécurité pour moi de savoir que j'avais mon permis (même si conduire me provoquait un réel stress, ayant appris à Liège, avec une circulation dense) si je trouvais un travail lointain, je n'aurai qu'à acheter une petite voiture d'occasion. En réalité, je n'ai pas vraiment postulé dans des écoles loin de chez moi et j'ai été engagée dans des écoles du centre à chaque fois donc j'étais vraiment contente. 

Comme je n'avais pas de voiture, je ne conduisais pas au quotidien, ce qui m'a amenée à relativement stresser quand nous sommes partis en Islande en 2017, prêts à faire le tour de l'île avec une voiture de location... Ça a été un réel challenge que de récupérer une confiance en moi suffisante pour prendre le volant après 3 ans sans conduire mais au final, je n'ai tué personne (malgré quelques frayeurs).


Un manque de moyens financiers?

La voiture est tellement ancrée dans nos habitudes que la première chose qui nous vient à l'esprit, c'est de se dire que c'est un choix par manque d'argent. En fait, pas du tout. Oui, la voiture coûte énormément d'argent (entre son achat, le carburant, les assurances, les taxes, les réparations, l'entretien, le garage ou la place de parking à la maison et au travail et j'en passe) et c'est un sacrifice financier que de choisir d'en avoir une. Je préfère mettre cet argent dans mon alimentation, dans des livres ou dans des voyages car la voiture est un réel luxe qui coûte cher à mon portefeuille et à ma planète, sans parler du fait que notre parc automobile est arrivé à saturation depuis des années.


Une nécessité pour être libre?

Si la voiture est encore aujourd'hui le symbole de la liberté (tu n'as plus de contraintes d'horaire des transports en commun que tu as subis pendant toute ta jeunesse d'étudiant, tu vas où tu veux directement sans avoir besoin de marcher depuis la gare ou l'arrêt de bus), pour moi, c'est surtout le symbole d'un boulet au pied. Quand je conduis (oui, j'y reviendrai plus bas, je conduis quand même), je tombe immanquablement dans des embouteillages ou une circulation dense (car tout le monde possède sa voiture!), je me demande où je vais garer la voiture quand je vais arriver à destination, je connais mal les routes donc j'utilise toujours le GPS, ce qui me fait stresser de louper un carrefour à cause d'une indication ou de tomber sur une déviation à cause des travaux... Bref, c'est pas tellement le rêve pour moi ce genre de trucs.

Une autre manière de voir la voiture comme un boulet, c'est qu'on a souvent tendance à faire un prêt pour s'en payer une. Autant pour acheter une maison, je comprends qu'on puisse emprunter de l'argent à une banque mais pour une voiture ou une télé, ça me dépasse complètement... C'est encore un élément qui te lie par obligation à cette voiture que la société t'impose d'avoir pour entrer dans ses standards de normalité. Ça m'inquiète beaucoup de voir des personnes emprunter 20.000€ ou 30.000€ pour acheter une voiture dont ils n'ont pas besoin pour suivre la société de consommation à laquelle ils sont habitués. 


Et quand tu auras des enfants?

Je ne pense pas en avoir un jour mais en effet, je considère qu'il est très difficile aujourd'hui d'avoir des enfants quand on n'a pas de voiture. Cela demanderait pas mal d'organisation et d'autres choix de vie que de simplement se dire "je peux me débrouiller sans voiture, c'est bon". Par exemple, habiter dans un endroit facilement accessible à pieds à la fois pour le travail et la crèche/l'école. Savoir combiner les horaires des deux parents et de la crèche, de la garderie et peut-être avoir un plan B en cas d'imprévus. C'est clair que ça demande une organisation dont on se passerait volontiers une fois qu'on a une voiture. Mais n'est-ce pas aussi un sacrifice qu'on devrait être prêts à faire si on a réfléchi au fait d'avoir des enfants...? On veut souvent le beurre et l'argent du beurre mais indéniablement, avoir un enfant, ça modifie toute une organisation et tout notre mode de vie... 


Un besoin créé par un modèle de société que je rejette

Je crois que tu as compris mes raisons écologique et financière jusqu'à présent. Mais la raison la plus importante à mon refus d'acheter une voiture, c'est que c'est un besoin que je n'ai pas. La société de consommation nous crée un tas de besoins pour qu'on achète, pour qu'on consomme et qu'on dépense le plus d'argent possible. J'ai choisi d'habiter en ville, près d'une gare, près de plusieurs arrêts de bus, près de mon travail. J'ai choisi d'acheter un abonnement annuel de transports en commun (qui m'est d'ailleurs remboursé par mon travail, top pour renforcer ces initiatives). Si tu choisis de louer ou d'acheter une maison à la campagne pour ton "confort de vie", c'est clair que tu vas devoir prendre ta voiture pour aller quelque part. (Ou alors, il faut faire pression pour relier ces endroits facilement en transports en commun mais c'est un autre débat.) Mais c'est un choix que tu opères de vivre à cet endroit, souvent aussi sous influence de la société de consommation qui te fait rêver de tranquillité dans une maison 4 façades avec un jardin, un chien et 2 enfants. Cette société nous individualise et au lieu de nous pousser à vivre en communauté et à favoriser l'entraide et le vivre ensemble dans des espaces qui existent déjà, elle nous éloigne et nous empêche de jouir d'une plus grande liberté. En vivant si loin de la ville et probablement aussi de ton travail, de ta famille, de tes amis, tu te rends dépendant-e à l'automobile. Et la boucle est bouclée... 




Mais alors? Tu ne conduis jamais? Tu dépends tout le temps des autres?

Eh si! J'en parlais dans l'article de la semaine dernière. Cette année, j'ai souscrit un abonnement à un système de voitures partagées qui s'appelle Cambio. Quand j'en parle autour de moi, les gens tirent des yeux ronds car c'est une possibilité qu'ils n'avaient pas envisagées. Pour eux, la voiture, c'est forcément individuel! Et si on choisissait de circuler en voiture à la fois librement, uniquement quand c'est nécessaire et de partager les coûts financiers? C'est ce que propose cette société basée dans toute la Belgique et même en Allemagne! Avec 14 stations à Liège (dotées de 2 à 3 emplacements à chaque fois) et 146 à Bruxelles (!), j'ai de quoi trouver mon bonheur quand je veux louer une voiture. Quand on habite en ville et qu'on n'a pas besoin de voiture au quotidien, c'est une solution tellement pratique! Sans parler du fait que tu peux la combiner avec ton abonnement de train ou de bus. 

Grâce à l'application, je peux réserver une voiture plusieurs jours à l'avance ou en temps réel pour une durée limitée à la station de mon choix. Le fait qu'il y ait 2 à 3 emplacements de parking prévus permet à la société de prévoir une voiture pour plusieurs usagers qui en auraient besoin au même moment. Si, par malheur, la voiture ne peut être louée pour cette heure-là ou la durée choisie à cette station, l'appli nous propose une autre station dans notre périmètre. Ainsi, pour le mariage d'un ami en octobre, j'avais oublié de réserver la voiture avant la veille (aka. le vendredi pour le samedi) et aucune voiture n'étant disponible pour mon créneau horaire à ma station habituelle, l'appli m'a proposé une autre station un peu plus loin avec une voiture équivalente pour la durée souhaitée. Vraiment au top! 


Et combien ça te coûte ce système?

Sans surprise: beaucoup moins cher qu'une voiture individuelle mais plus cher que les transports en commun (et encore, pas toujours!). Il y a mille cas différents car il y a plusieurs types d'abonnements, l'utilisation de la voiture est gratuite entre 23h et 7h du matin, etc. Pour une à deux utilisations mensuelles avec l'abonnement Start à 4€ par mois et pour +- 75 km et 10 à 12h de réservation au total, je paie entre 45 et 50€. On paie la voiture louée à l'heure + le nombre de km qu'on roule. 

Toutes les réponses à tes questions se trouvent probablement sur le site Cambio que je te laisse aller voir juste ici! Mais n'hésite pas à me poser tes questions en commentaire :) 


Le piège?

De créer ce fameux besoin et cette nécessité de vouloir aller partout, rapidement, de manière impatiente. Ce système est génial quand, comme moi, vous avez des ami-e-s qui habitent loin ou que vous faites une sortie de soirée et que c'est difficile de rentrer chez vous en transports en commun. Mais attention à ne pas vous dire "c'est bon, je peux réserver la voiture n'importe quand" ou "j'irais bien à tel endroit tiens, je n'y suis jamais allé-e". La nouveauté, c'est grisant et je comprendrais tout à fait ce type de réaction mais quand l'endroit est accessible en transports en commun, ce sera toujours mon premier choix. La voiture, je ne la prends qu'en cas de réelle nécessité... typiquement lors des soirées! :) 


Et toi? Tu en penses quoi? 
Tu connaissais le système des voitures partagées? 

7 commentaires:

  1. Très intéressant ! Je ne connaissais pas ce système de voitures partagées, c'est une super initiative :D Lorsque j'habitais en centre-ville la voiture n'était clairement pas nécessaire, entre les bus ou les trajets que l'on peut faire à pieds - souvent c'était plus rapide de prendre ses deux jambes que de tourner en rond pour trouver une place où se garer ! Maintenant que nous sommes à la campagne c'est sûr que c'est différent, mais j'ai la chance de ne pas avoir de trajet à faire pour aller au travail - la voiture me sert à faire mes courses ou à aller voir des proches, ça reste des trajets exceptionnels. Je connais des personnes qui prennent la voiture pour aller 2 rues plus loin, là je trouve que ça rejoint ce besoin d'aller quelque part vite et sans effort, alors que ce n'est pas vraiment nécessaire.

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    1. Ah ben tu vois, pour moi, "faire ses courses", ça ne rentre pas dans "trajets exceptionnels" car il faut bien qu'on mange donc c'est une nécessité ^^
      Haha oui, je connais aussi des gens qui prennent la voiture pour aller chercher leur pain, je trouve ça clairement excessif ^^'

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  2. Je suis contente d'avoir ton avis sur le sujet, on n'en a jamais discuté mais je me doutais un petit peu de tes arguments...
    Pour ma part, j'ai une sacrée relation à la voiture ahaha!
    Mes parents ont fait le choix d'habiter dans un coin perdu et sont complètement dépendants de la voiture (il n'y a une supérette dans le village que depuis quelques années, par exemple).
    Puis pour ma mère qui a toujours habité en ville avant de se marier, la campagne sans la voiture ça la terrorisait... Ils ont toujours pris la voiture même pour les 15 min de trajet pour aller a leur boulot (emploi aux horaires hyper fixes, genre 1.5km de distance entre leurs deux emplois, ahum). Mon père est un bon gros féru du volant aussi, donc une sacrée culture du moteur à la maison.
    Impossible pour moi de me rendre à la haute école autrement (premier bus aux alentours de 7h30 et je devais prendre le train dans la ville a côté à... 6h50, l'équation n'est pas difficile).
    Du coup mon histoire avec les 4 roues a commencé comme ça: j'ai passé le code à 16 ans et le permis à 18, avec pour but d'aller à l'école et en stage aux quatres coins de la ville seule et que mes parents soient libérés de ça...
    J'ai dû beaucoup rouler pour mes études, mon premier job aussi. Mon deuxième job était très près de mon appart (tu le sais bien) mais m'imposait parfois de partir à n'importe quelle heure de la nuit et je n'étais pas encore dans cette démarche de vouloir moins utiliser la voiture.
    A l'heure actuelle, je n'ai pas trop le choix au vu de mes horaires et de la distance mais c'est vraiment un gros espoir pour le futur: me rapprocher de mon emploi!
    A Namur, il y a encore moyen d'être au milieu de la verdure sans être très loin de la ville (sûrement à Liège aussi, mais comme je bosse à Namur, je pense à cette ville). Plusieurs de mes collègues viennent en vélo ou même en trottinette électrique (on a trois trottinettes garées dans un coin du service!) et il y a aussi les vélos de la ville que l'on peut louer si ce n'est pas pour des déplacements quotidiens. Et forcément l'hôpital est bien desservi en bus, et la gare n'est pas hyper loin. Donc j'ai bon espoir...
    En attendant je prend le bus pour aller me balader au centre, ou le train pour aller à Bruxelles par exemple, quand je le peux... Je trouve même ça plus relax: pas besoin de se soucier du parking, des embouteillages... Je peux lire, manger un bout dans le train, j'aime encore bien!
    Et je marche dès que je le peux :-) (coucou les voisins qui prennent tous leur voiture individuellement pour aller sur le lieu de la réunion du syndic à... 2km de l'immeuble et qui sont choqués quand j'arrive avec mes gants et mon bonnet parce que j'ai marché...)

    Par contre tu me fais découvrir Cambio, je ne m'y étais jamais intéressée avant (logique...) mais c'est vraiment cool d'avoir une voiture à disposition pour les trajets exceptionnels!

    Aussi, je te rejoins sur le prix des voitures... Si je conduis toujours, j'ai fait le choix de n'acheter que des voitures sans faire de prêt, et d'occasion. C'est déjà ça...

    Bref, je ne sais pas si j'arriverais à me passer de si tôt de la voiture (et totalement comme toi!) mais j'espère vraiment pouvoir au moins réduire mes trajets...
    Merci pour ton partage!

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    1. C'est après publication que je vois la longueur de mon commentaire, purée j'ai honte! J'sais pas si t'auras le courage de tout lire O_O

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    2. Haha c'est pas grave, j'aime bien les longs commentaires, ça veut dire qu'on a des choses à dire!! :D

      Clairement, quand tu es de garde et que tu dois aller rapidement au travail, c'est nécessaire d'avoir une voiture! Il y a des métiers ou des situations où tu en as besoin - notamment la médecine - mais pour beaucoup de personnes, ça pourrait rester une option (pour aller à une réunion à 2km à pieds par exemple justement :p )

      Je ne m'en passe pas totalement mais en tout cas, je n'ai pas de voiture perso. J'espère qu'un jour, les villes seront sans voiture ♥

      Bisoous, merci pour ta propre expérience!

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  3. Sincèrement, je pense qu'il faut aussi pouvoir se le "permettre" de vivre sans voiture. Je m'explique : je fais partie des chanceuses qui ont trouvé un boulot dans leur domaine d'études (le social, c'est pas la joie). Seule obligation : avoir permis et voiture, car nous devons dans le cadre du boulot nous déplacer, avec notre propre voiture (notre propre assurance, mais passons...), et les déplacements entre bureau et X nous sont remboursés. J'ai longtemps rêvé d'un boulot sans voiture associé. Mais je crois que parfois dans le monde du travail on ne nous laisse pas le choix. Après comme tu dis aussi, avec des enfants c'est peu faisable. Mais je comprends que ceux qui peuvent s'en passer, s'en passent, car si j'avais le choix...je ferais pareil ;-)

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    1. Ah mais il y a carrément des boulots où c'est nécessaire! Une de mes amies a été confrontée à ce problème en voulant travailler pour une asso car il fallait pouvoir aller chercher les personnes et les ramener mais je pense que selon les distances à parcourir, il est plus intéressant de faire payer ces frais par l'entreprise (qui pourrait posséder deux ou trois voitures de fonction pour ça par exemple) ou encore mieux: donner la possibilité d'aller chercher ces gens en bus ou en train quand c'est accessible et de viser à les autonomiser pour qu'ils viennent par eux-mêmes les prochaines fois. Evidemment, ici, je parle d'un cas que je connais et pas du tout de ta réalité qui est peut-être bien différente mais le système des entreprises devrait aussi changer sa façon de voir les choses pour encourager des changements, surtout quand les déplacements peuvent se faire facilement en transports en commun :)

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